À ce jour, ma recherche artistique s’articule autour de ce que je nomme mon corpus cristallin. Cette pratique, à la croisée du dessin et de la méditation — proche, dans son esprit, de la technique du zentangle — s’apparente à une véritable expérience introspective. À main levée, je trace à l’encre un premier triangle, puis laisse émerger les suivants au gré de l’intuition, des élans ou même des erreurs. Si ces structures semblent rigoureuses au premier regard, leurs lignes ne sont jamais parfaitement droites. Cette légère instabilité interroge : est-ce une manière de révéler que toute architecture porte en elle une forme de fragilité, une vibration interne ? Que la structure, loin d’être figée, est en mouvement, traversée d’aspérités et de tensions ?
Depuis 2025, à la suite de ma formation de guide nature et en résonance avec mon activité en design graphique, ces triangles s’incarnent davantage. Ils se mêlent à l’écriture, se déploient dans l’espace de la page et donnent naissance à de nouvelles entités minérales, dynamiques, presque vivantes.
À l’aide d’Illustrator, je procède à la vectorisation de mes dessins originaux afin d’explorer avec précision les jeux de reflets et de dégradés, tout en prolongeant les principes d’illusion et de paradoxes spatiaux chers à Cornelis Escher. J’affectionne particulièrement la perturbation des rapports entre avant-plan et arrière-plan, créant des espaces ambigus où le regard est invité à basculer, à circuler entre différentes strates de réalité.
Avec le vitrail, ma démarche s’ancre davantage dans la matérialité et dans l’étude de la lumière réfléchie et transmise. Le verre possède cette capacité singulière de révéler la lumière dans sa dimension vivante, presque organique. En croisant les techniques, je déconstruis et réinvente la ligne, donnant naissance à de nouvelles formes, de nouveaux volumes et à des perspectives inédites.
Cette recherche plastique s’inscrit également dans un cheminement symbolique et spirituel, où chaque expérimentation devient une étape vers une compréhension plus profonde du visible et de l’invisible.
Bien que le triangle découle d’une épuration formelle issue des lignes de mes masques africains et de mes architectures, cette figure géométrique recèle une richesse symbolique profonde. Composé de trois côtés, il incarne un nombre chargé de sens : celui de la divinité, de la juste proportion, de l’harmonie et du feu primordial. En minéralogie, le cristal représente l’aboutissement le plus pur du cycle minéral. En alchimie, le chiffre trois est associé au cœur, lieu de passage et de médiation entre le visible et l’invisible. Chez les chamans dayaks comme dans la tradition navajo, il est perçu comme l’élément originel ayant engendré le soleil et éclairé le monde. Plus proches de nous, dans l’imaginaire celtique, les banshees — femmes du Sidh — traversent les mondes à bord de nefs de cristal, symboles d’un voyage immatériel vers l’au-delà.
Ma démarche est profondément spirituelle, nourrie par un attachement intime à l’architecture gothique et romane, et plus particulièrement aux églises, espaces où je suis en paix. Inspiré par Le Passeur de Lumière de Bernard Tirtiaux et éclairé par la lecture de la Théorie de la Lumière de Saint Augustin, mon travail s’oriente vers une recherche plastique centrée sur la sculpture de la lumière.



Mahieu Nicolas
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